Il y a quelques temps, au détour d’une balade à Quiberon, j’ai repensé aux histoires et légendes que mon grand-père m’avait raconté, celles des korrigans ou des mégalithes, lorsque j’étais enfant. J’ai repensé à cette sensation que j’avais ressenti en les écoutant. Malheureusement je ne m’en rappelle pas assez bien pour les raconter à mon tour. Cette transmission orale et cette ambiance sonore avaient fait de ces moments une expérience marquante. Et si je pouvais retrouver cette sensation où le son a été un puissant facteur émotionnel ?

Nous vous partageons dans cet article des créations sonores qui possèdent un fort pouvoir mémoriel et qui amplifient l’expérience de l’utilisateur.

L’archéologie sonore avec Mylène Pardeon

Archéologue du paysage sonore, Mylène Pardeon recrée les ambiances sonores du passé. Elle reconstitue ces sons à partir du déchiffrage d’archives visuelles et textuelles présentes avant les technologies d’enregistrement et de diffusion du son (les premières sont apparues en 1860). Le challenge est de faire ressentir la densité sonore que nous avons oublié, nous explique Mylène Pardeon dans ce reportage d’Arte. Les sons qu’elle utilise sont encore présents dans le présent, ils ne sont pas inventés. Son travail de design sonore nous plonge dans cette ambiance du passé mais également la valorisation du patrimoine.

Elle a notamment travaillé sur l’exposition « Visiteurs de Versailles. 1682-1789 » afin de faire revivre quatre scènes de la vie du Château comme la traversée de l’esplanade.

Le projet Bretez, un de ses plus gros projets, lui a été inspirée tout d’abord par les ouvrages de Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris et le plan Turgot, cartographie de Paris par Louis Bretez. Accompagné d’une animation 3D des rues de l’époque, elle a reconstitué le paysage sonore du quartier du Grand Châtelet à Paris au XVIIIe siècle. Ce projet constitue 70 ambiances sonores de ce paysage avec chacun 50 à 70 sons. Ce travail est en évolution continue dû aux nouvelles découvertes des chercheurs et archéologues. Elle a, par exemple, changé le cri d’une mouette dont l’espèce n’était pas la bonne ou elle y ajoute de nouvelles composantes. La bande son en est à sa 13ème version. Elle est actuellement sur un nouveau projet : recréer l’acoustique de la Cathédrale de Notre Dame de Paris.

Ces balades qui mêlent histoires passées et présentes

L’immersion auditive tout en se baladant, voici le postulat de ces balades originales.

La Délicate est une balade sonore géolocalisée. À Lion-sur-Mer ou à Ouistreham, armés d’ombrelles connectées les visiteurs découvrent, au fur et à mesure, les histoires d’aujourd’hui et d’hier propres à chaque parcours. Le casque sur les oreilles et l’ombrelle en main, il suffit de se laisser guider par le son. L’une est dédiée au littoral et ses histoires, l’autre aux souvenirs historiques mêlés à ceux du présent.

En voici un extrait :

En Bretagne, sur la pointe finistérienne, deux endroits sont dotés de balades sonores, Secrets d’Iroise à Lanildut et Territoires Sonores à Crozon.

Secrets d’Iroise propose deux balades, une côté terre et une côté mer. Grâce à l’application du même nom, laissez-vous guider sur le parcours que vous avez choisi. À chaque étape une vidéo pour découvrir les secrets et histoires du territoire de Lanildut. Un équilibre entre découverte de la nature environnante et patrimoine local.

Territoires Sonores est composé de trois balades : Île-Vierge, Iroise et Morgat. Disponible sur le site territoires-sonores.net, découvrez le Cap de la Chèvre et ses alentours sous un nouveau jour, à chaque balise une nouvelle histoire. Entrez dans une expérience auditive où les histoires d’hier et d’aujourd’hui se cotoient.

Les musées et le design sonore

Le design sonore est très présent dans le milieu culturel et historique et notamment dans les musées et expositions culturelles. Nous avons un très bon exemple ici à Rennes aux Champs Libres. Lors de l’exposition LGV 1H25, par exemple, une ambiance sonore très particulière englobait la salle Anita-Conti et nous emportait dans l’univers ferroviaire. L’interprétation de chaque artiste avait alors une force immersive supplémentaire. À l’Espace des Sciences, chaque exposition est composée d’au moins une expérience sonore. Que ce soit une ambiance, une animation ou une expérience interactive, le son est utilisé pour renforcer l’immersion.

Le son est également transmis grâce à de nouvelles technologies plus immersives, c’est le cas de LoSonnante. Ce dispositif dédié au patrimoine et à la culture se présente sous forme de boitier en bois. Pas de casque ni de prise jack mais nos os comme transmetteur du son. Effectivement il suffit de poser ses coudes et de positionner des mains sur ces oreilles pour entrer dans l’expérience sonore. Installé à des points de vue remarquables, comme au belvédère Vauban à Grenoble, il amène une nouvelle approche de la découverte du paysage tout en mettant l’utilisateur dans une position d’observation et d’écoute. Ses applications sont multiples. Sur des sites patrimoniaux, par exemple, il peut agrémenter les parcours touristiques avec des étapes sonores. Ce dispositif a également été installé dans des espaces de musée où il a pu être utilisé dans un but de médiation d’une œuvre à partir d’archives ou sur de la scénographie d’exposition.

personne posant ses coudes sur le boitier en bois de LoSonnante et posant ses mains sur ses oreilles pour entendre les sons. elle regarde le paysage environnant en écoutant.

source de l’image : Echo Sciences Grenoble

Le design sonore est de plus en plus présent autour de nous et constitue une partie importante d’une expérience marquante pour l’utilisateur. Il est donc nécessaire de penser le son comme amplificateur des sens afin de l’intégrer à la cohérence de l’expérience utilisateur.