Le processus créatif est une des composantes de notre démarche design. Dans chaque projet, il permet notamment de contribuer à l’émergence d’une expérience marquante. Lorsque nous avons vu la proposition de conférence-spectacle « Le cerveau artiste » dans le cadre des Mardis de l’Espace des Sciences de Rennes, nous ne pouvions pas rater l’occasion d’approfondir nos connaissances sur les rouages de la créativité.

Cette conférence était co-présentée, le 17 décembre 2019, par le Professeur Marc Vérin, chercheur en neurosciences, chef du service de neurobiologie du CHU de Rennes et directeur de l’Unité de recherche « Comportement et Noyaux Gris Centraux », et Hélène Rigole, infirmière au pôle neurosciences du CHU de Rennes et improvisatrice de théâtre dans une troupe amateur rennaise. Ils représentent le couple neuroscience-créativité. Un duo complémentaire et indivisible.

Le Professeur Marc Vérin, nous a expliqué dans un premier temps, de façon théorique, la relation entre créativité et neuroscience.

Photo de la scène avec le Professeur Marc Vérin et Hélène Rigole. L'image des connexions neuronales visibles grâce à des couleurs en fond.

La créativité, c’est quoi ?

La créativité est « la capacité à concevoir des idées originales, uniques, inhabituelles et nouvelles, particulièrement pertinente et adaptées à un objectif particulier. »

Marc Vérin nous présente ensuite les 4 lobes du cerveau et leurs spécificités. Elles sont importantes dans la compréhension du processus créatif du point de vue cérébral.

Effectivement, ce réseau de créativité fait interagir les 4 lobes du cerveau, y compris l’hippocampe, situé dans le lobe occipital, zone de la mémorisation, et les noyaux centraux, impliqués dans les automatismes. Eh oui, lorsque l’on crée, nous recréons avec les informations déjà stockées !

Schéma représentant l'emplacement des 4 lobes du cerveau et des noyaux centraux ainsi que leurs spécificités.

Les 4 étapes de la créativité du point de vue cérébral :

  1. La préparation : penser à son expérience passée pour utiliser la créativité d’une nouvelle manière
  2. L’incubation : prise de recul, c’est la « Phase Archimède » ou « Phase Newton », les idées viennent de moments et d’endroits inattendus, cela implique aussi des temps de repos sur le problème (référence étude)
  3. L’inspiration : « Expérience Eureka », les éléments de l’idée se rejoignent, essai de nouvelles variantes
  4. La production : vérification si l’idée est nouvelle et bonne ainsi que sa mise en œuvre

La pensée divergente : une mesure scientifique de la créativité

C’est bien de savoir comment se décompose la créativité mais pour les études du Professeur Marc Vérin il est nécessaire de pouvoir mesurer cette créativité.

Les tâches de pensée divergente sont alors un excellent moyen d’appréhender les capacités créatives d’un individu. Ce processus de pensée divergente est mis en place pour multiplier les idées en envisageant de nombreuses solutions possibles.

Comme nous l’explique Marc Vérin, « les tâches dites de pensée divergente mesurent cette capacité à générer plusieurs solutions comme penser à de nouvelles utilisations pour des objets communs, tâche d’utilisation alternative. » Ces tâches permettent de mesurer le nombre d’objets élaborés dont le niveau de créativité est noté (idée plus ou moins créative) par des évaluateurs de créativité. Ces données sont corrélées avec les observations réalisées sur les connexions neuronales lors de la phase de créativité.

Photo de la scène avec le Professeur Marc Vérin et Hélène Rigole accompagné des 5 acteurs de théâtre d'improvisation.

Qu’est ce qui se passe dans notre cerveau ?

A chacune des 4 étapes du processus créatif, 5 structures cérébrales (4 circuits et un neurotransmetteur) sont impliquées et interagissent entre elles pour assurer le bon fonctionnement de la créativité. Un circuit est un groupe de neurones connectés en réseau et servant à contrôler des comportements spécifiques.

Les structures cérébrales impliquées dans le processus créatif :

  • Default Mode Network (Mode par défaut) : un mode toujours actif, automatique et sans effort, même lors des phases de repos comme le sommeil ou la méditation, il crée des liens et associe avec des éléments passés
  • Salience Network : c’est le moment où une idée émerge par rapport aux autres après une sélection de ce qui est pertinent, nouveau, utile et le rejet de ce qui est évident
  • Central Executive Network : ce mode planifie, organise, vérifie l’adéquation avec le savoir-faire, il est contrôlé, lent, analytique et nécessitant un effort
  • Les noyaux gris centraux : ils supportent l’expertise et le savoir-faire comme le fait de marcher
  • La dopamine : ce neurotransmetteur suscite, motive et incite la création de nouveau et favorise l’association entre les idées

Ces structures cérébrales ne fonctionnent pas de la même manière et sont propres à chacun. Il faut un bon équilibre entre ces structures pour effectuer de façon performante une tâche créative.

Lors de la conférence, le Professeur Marc Vérin et Hélène Rigole ont appliqué à leur propre conférence le processus créatif. Ces 5 structures cérébrales et leurs interactions ont été incarnées par 5 acteurs de théâtre d’improvisation. Cette mise en scène a permis de visualiser plus concrètement comment les structures dialoguent lors d’une tâche de créativité et ainsi comprendre l’importance de l’équilibre entre elles afin d’avoir un processus créatif performant.

Et la relation avec la démarche design dans tout ça ?

La base de la créativité exprimé par le professeur Marc Vérin, « nous créons du nouveau avec l’ancien », est en adéquation avec la démarche design. Nous faisons du lien avec l’existant et les besoins de l’utilisateur afin d’y répondre de la manière la plus juste et la plus performante possible.

Dans les phases de divergence, telles que la phase de découverte et celle d’exploration, nous nous appuyons sur les expériences de chacun, nous explorons toutes les possibilités et nous faisons du lien entre toutes ses informations.

Les 4 étapes de la créativité se rapprochent beaucoup de la structure de la démarche design que nous avons. Nous regardons l’existant, nous puisons dans nos acquis, ceux du client et des utilisateurs, nous prenons du recul pour saisir la globalité du projet, nous testons les idées et nous les associons pour faire émerger un concept fort. Ensuite on vérifie sa faisabilité en la testant et on la met en œuvre.

Dans tous les projets il est important de mettre en place de bonnes conditions afin d’avoir un processus créatif performant. Une hygiène de vie saine mais également des méthodes de stimulations et des temps de pause sont essentiels.


Vous pouvez (re)voir la conférence spectacle « Le cerveau artiste » sur la
page YouTube de l’Espace des Sciences de Rennes.