Pour tous nos projets, que ce soit en design produit digital ou industriel, nous testons nos idées et nous les challengeons rapidement auprès des utilisateurs cibles du projet. Ce sont des temps importants dans la démarche design qui permettent de valider ou invalider des concepts. Certaines fois nous sommes dans le vrai, d’autres fois moins. Dans ce dernier cas, l’analyse et la prise de recul permettent un rebond créatif bénéfique à la vie du projet.

« Il faut échouer tôt pour réussir plus vite. » Tim Brown, IDEO.

Comme l’exprime Tim Brown, pionnier de la pensée design, dans cette phrase, il est nécessaire de se rendre compte rapidement des possibles erreurs de conceptualisation en manipulant et testant concrètement le concept. Il est même possible que l’idée prototypée soit un échec suite aux tests effectués. Plus tôt ils sont réalisés, plus vite nous pouvons rebondir et proposer une nouvelle solution en apprenant des erreurs effectuées.

Tim Brown en interview

Tim Brown ajoute : “L’échec est un outil incroyablement puissant pour apprendre. Concevoir des expériences, des prototypes, des interactions et les tester est au cœur de la conception centrée sur l’humain.”

Pour être le plus en adéquation possible avec l’utilisateur du produit et ses besoins, il faut donc sans cesse revenir vers lui. Le risque majeur en ne testant pas rapidement le prototype est de nous laisser biaiser par nos connaissances et nos certitudes et de laisser de côté les vraies attentes de l’utilisateur.

Cette situation nous est déjà arrivée lors de la conception de la solution digitale Plug in labs Ouest, en 2013. Le premier concept était en phase avec le cahier des charges initial et les attentes des porteurs de projet. Nous avons mis en place des sessions de test avec les utilisateurs cibles du projet : des chefs d’entreprises, des porteurs de projets innovants et des personnes du monde socio-économique. Les tests ont permis de nous rendre compte des écarts entre le concept et les comportements de nos utilisateurs prioritaires. D’une cartographie graphique des compétences, nous sommes passés à un moteur de recherche direct et efficace.

“Le but, dit Tim Brown, est de produire quelque chose via une première étape, puis l’utiliser pour continuer à apprendre, continuer à interroger et continuer à tester. Quand les concepteurs centrés sur l’humain parviennent à une réponse pertinente, c’est parce qu’ils se sont trompés en premier.”

Adopter une attitude d’acceptation d’un échec potentiel

Cette attitude peut paraître évidente mais nécessite une acceptation forte et une forme d’humilité de la part de toute l’équipe créative.

Decathlon, entreprise guidée par le design et dont l’innovation est la priorité, est adepte de cette démarche et de cette attitude. Les designers, en collaboration avec le bureau d’étude et le service marketing, s’attellent à créer des solutions innovantes comme le Masque Easybreath pour répondre aux besoins des utilisateurs. Suite à des enquêtes utilisateurs à travers le monde, les équipes de Decathlon se sont rendu compte de problèmes liés à l’utilisation du masque et tuba, bloquant notamment l’accès de la randonnée palmée au plus grand nombre. Créer un produit permettant de répondre à ces problèmes leur a pris un an de recherche, de prototypage et de test. Il était alors fiable techniquement mais son utilisabilité et son agréabilité n’étaient pas réalisées afin que le produit soit performant. 3 ans ont été nécessaire pour parfaire le prototype final pour en faire le produit que nous connaissons actuellement.

les 6 prototypes du masque easybreath alignés dans un atelier

source de l’image : La femme qui marche

Voici les prototypes créés par Decathlon (de gauche à droite par ordre de création), suite à une séance de créativité dont la consigne était : “Inventez nous un produit où on puisse voir et respirer dans l’eau comme sur terre”. Ces “monstres”, comme ils les appellent, ont tous été testés afin d’affiner les paramètres du produit. Le site La femme qui marche nous explique les problématiques qui ont été rencontrées par les équipes. Le premier a montré des anomalies liées à la vitre courbe (nausées, problèmes de vision). Le second a donc été modifié en conséquence mais le problème de buée persistait. Pour les “monstres” 3 et 4, les équipes se sont concentrées sur la circulation de l’air. Le 5ème, proche de la version finale, signe la fin des ajustements techniques.

N’arrêtons donc jamais de tester et d’échouer pour avancer !