En tant qu’être humain, quelque soit l’endroit où nous vivons, nous pouvons avoir les mêmes besoins : des chaussures pour protéger ses pieds, des véhicules pour se déplacer, des vêtements pour s’habiller… Plusieurs réponses sont possibles pour répondre à ces besoins et ces solutions diffèrent souvent en fonction de la Culture. Que ce soit à travers des coutumes, des iconographies, des produits adaptés, ces solutions sont des reflets des cultures où elles s’inscrivent.

L’exemple de l’agence Yux au Sénégal

L’agence Yux, basée à Dakar, a été créée par deux designer Daniel Locko (Congolais) et Camille Kramer (Franco-Américaine) et un ingénieur matériaux formé au management de l’innovation, Yann Le Beux (Français). Cette agence ressemble un peu à la nôtre, icilaba, une agence centrée sur l’expérience utilisateur. Nous avons le même but, améliorer le quotidien des utilisateurs, mais nous n’avons pas les mêmes utilisateurs ni le même environnement.

Effectivement, c’est quelque chose que ces trois entrepreneurs se sont vite rendu compte. Dans cette région, les produits digitaux imitent souvent ceux des pays occidentaux. Dans notre démarche commune nous savons que cela ne peut pas être adapté à leurs besoins si nous ne les connaissons pas. C’est ce qu’exprime Yann Le Beux, l’un des cofondateurs de Yux, dans Le Monde Afrique : « le numérique est comme tout autre produit […] pour qu’il soit adopté par la cible, il doit prendre en compte les problématiques et les besoins locaux, refléter la culture et les identités

Personne de Yux Design effectuant une enquête sur le terrain

source de l’image : Yux

Contrairement à nous, où les données sont accessibles facilement, en Afrique subsaharienne cela n’est pas le cas. Afin de connaître les habitudes et les attentes des utilisateurs, Yux a alors créé Looka, “une application de collecte et de visualisation de données adaptée aux villes africaines”. Ils organisent des enquêtes de terrains et publient les études finales en ligne gratuitement.

Plus l’agence grandissait, plus ils travaillaient sur des projets, plus ils se rendaient comptent qu’ils manquaient d’outils adaptés aux contextes et à leur environnement, “comme des icônes qui décrivent les réalités du Sénégal, tout simplement”, indique Yann Le Beux à Le Monde Afrique. Yux crée alors sa propre iconographie partagée sur leur propre plateforme, cocoji.co. Yux a adapté la conception numérique aux réalités locales, le processus de création et de conception est le même. Les solutions apportées aux besoins des utilisateurs finaux ne sont, par contre, pas les mêmes que celles que nous aurions apporté aux utilisateurs finaux, s’ils habitaient à Rennes.

icones réalisées par Yux Design et disponibles sur le site Cocoji

source de l’image : Cocoji

Ethno design = Ethnologie + Design

Dans un premier temps, retour aux bases de l’étymologie, ethnologie vient du grec ethnos (peuple/nation) et logos (traité/étude). L’ethnologie est donc « l’étude des peuples et de leur organisation, de leurs coutumes », Larousse.

Pour comprendre la notion d’ethno design, il est également intéressant de comprendre le mot ethnographie, du grec ethnos (peuple/nation) et graphia (description/dessin). Définit comme « l’étude descriptive des activités d’un groupe humain déterminé » par Larousse.

Il n’existe pas de définition précise du mot ethno design mais avec l’étymologie et ces deux précédentes définitions nous pouvons en déduire la notion. Littéralement cela serait le design ethnique mais j’aimerai aller plus loin et définir ça comme un conception représentative d’une ethnie et faisant référence à sa coutume et à l’activité du peuple de cette ethnie (savoir-faire, traditions, etc.).

C’est un peu barbare mais avec des exemples vous allez mieux comprendre.

Prenons par exemple la marinière. Cela vient de la tenue de travail de marins, nommé “tricot rayé” à l’époque, dans la région bretonne ou de la Manche, nous informe Ça m’intéresse. C’est Coco Chanel qui lance en 1917 cette mode de la marinière. Elle sera alors reprise par plusieurs styliste et deviendra une des représentations de la France et de son savoir-faire. Cet habit symbolique sera même adapté au maillot officiel de l’équipe de France de football pour les matchs extérieurs.

Deux personnes portant des bombers Le Petit Dakarois

source de l’image : Page Facebook Le Petit Dakarois

Un autre exemple avec la marque de prêt-à-porter Le Petit Dakarois. C’est une marque qui s’inspire du savoir-faire des tailleurs sénégalais et aux couleurs rappelant les tissus traditionnels. Le produit qui a créé leur identité de marque est un concept de bombers réversibles unisexe, d’un côté coloré, de l’autre sobre. De plus leurs produits sont réalisés avec le savoir-faire local à Dakar.

Ces exemples montre que les produits ethno design sont marqués par une symbolique particulière. Les signes ethniques sont inclus dans la matière textile afin de faire référence aux savoir-faire traditionnels tout en faisant appel aux archétypes permettant l’attribution de certains motifs à la culture du peuple ciblé.

Echange avec Anna, étudiante en ethnologie et anthropologie

Nous avons voulu comprendre mieux l’aspect ethnologique et anthropologique et le processus de travail dans ce domaine. Dans cette dynamique, nous avons interviewé Anna, étudiante en ethnologie et anthropologie à la faculté de Nanterre, Paris 10.

Pourquoi avoir choisi des études en ethnologie et anthropologie ?

Anna Picault, je suis en deuxième année de licence en anthropologie-ethnologie à la faculté de Nanterre, Paris 10. Je me suis dirigée vers l’anthropologie et l’ethnologie tout d’abord parce que c’est une science qui n’est pas trop connue mais qui est pourtant très importante. Encore plus dans le monde actuel où les cultures se mélangent avec les mouvements de population, où nous sommes amenés que ce soit au sein de notre pays ou à l’étranger, à rencontrer différentes cultures. Forcément, comme l’évoque l’article, il existe des besoins similaires voir identiques mais il n’y a pas forcément les mêmes solutions.

Sur le terrain, comment se matérialise votre process de travail ?

Il y a plusieurs process de travail en ethnologie mais de manière générale, il y a certains process qui sont communs à tous. Nous allons sur le terrain, dans des lieux géographiques particuliers, on s’imprègne du lieu, on observe de manière extérieure. Nous cherchons par exemple à déterminer comment interagissent les personnes, ce qu’ils font ou comment ils se placent. Ensuite, nous passons à l’observation participante. Nous commençons à échanger avec ces personnes. Ces phases prennent du temps. Minimum 3 mois si nous voulons comprendre en profondeur.

Dans la conception de produits et service ou même dans la création d’entreprise, il est nécessaire de connaître son environnement et ses futurs clients et utilisateurs. Il est possible de s’appuyer sur le travail d’ethnologue mais il est nécessaire de compléter ses observations en allant soi-même sur le terrain. Ceci permet de confirmer ou non certaines pistes. Chaque culture est différente alors soyons ouverts pour réussir à créer des solutions adaptées aux futurs utilisateurs.

Par exemple, l’année dernière nous avions un exercice terrain autour de la nourriture. Avec mon groupe de travail nous avions choisi le locavorisme, mouvement prônant la consommation de nourriture produite dans un rayon restreint autour de son domicile. Sur cette thématique nous n’avions pas beaucoup de cultures et d’ethnies différentes. D’autres s’étaient concentrés sur des restaurants chinois ou turc ou encore sur les familles d’origines africaines, comment cuisinent-ils ? qu’elles sont leurs habitudes de consommation ? Pour ce dernier exemple, ils s’étaient rendu compte que c’était principalement les femmes qui cuisinaient et qu’elles importaient beaucoup de produits venant de leur pays natal.

Dans la conception de produits et service ou même dans la création d’entreprise, il est nécessaire de connaître son environnement et ses futurs clients et utilisateurs. Il est possible de s’appuyer sur le travail d’ethnologue mais il est nécessaire de compléter ses observations en allant soi-même sur le terrain. Ceci permet de confirmer ou non certaines pistes. Chaque culture est différente alors soyons ouverts pour réussir à créer des solutions adaptées aux futurs utilisateurs.